Carlito : “Une voix qui a touché l’éternité ”(Yves Kambala Interview)
Yves Kambala
Le 31 août 2026, Charles Lassa Ndombasi dit Carlito, s’est éteint aux États-Unis. L’analyste musical Yves Kambala revient sur le parcours de l’interprète de “Maya“.
Congo26.net : le monde musical congolais est en deuil. Que représente la disparition de Carlito, décédé le 31 août aux États-Unis ?
Yves Kambala : Le 31 août 2026 restera gravé dans la mémoire collective comme une date de deuil profond et silencieux. Nous avons perdu l’une de nos voix les plus pures, les plus émouvantes et les plus techniquement accomplies. De son vrai nom Charles Lassa Ndombasi, Carlito n’était pas seulement un interprète, c’était une âme vibrante. Sa disparition dans le calme absolu de son sommeil contraste violemment avec l’immense résonance de son œuvre sur deux continents.
Comment expliquez-vous l’impact de la chanson « Maya » dans sa carrière ?
Y.K : « Maya » ne fut pas simplement une chanson, ce fut une révélation. Écrite par le maître Lutumba Simaro, ce morceau exigeait une sensibilité particulière. Carlito s’en est emparé avec une maîtrise stupéfiante. Sa voix chaude et veloutée a donné au texte une dimension nouvelle. Il ne se contentait pas de chanter, il racontait des histoires. C’est grâce à cette interprétation merveilleuse qu’il a ouvert les portes des plus grands cercles musicaux de Kinshasa.
On retient aussi de lui de nombreuses collaborations…
Y.K : Absolument. Sa carrière fut marquée par une curiosité insatiable et une humilité rare. Il a collaboré avec les géants de la rumba comme Papa Noël et Mayaula Mayoni. Ce n’étaient pas de simples featurings, mais une communion artistique. Il savait écouter, s’effacer pour mieux briller, et sublimer le travail collectif. C’est ce qui a consolidé sa place parmi l’élite des chanteurs de sa génération.
Son passage au gospel a surpris beaucoup d’observateurs ?
Y.K : Le tournant décisif, c’est son album solo « Makolo ya masiya ». Ce ne fut pas seulement un succès commercial, ce fut une transformation spirituelle. Il est passé de la variété séculière au gospel. Ce n’était pas un abandon, mais une sublimation. Il a mis son talent au service de la foi.
Et le sommet, c’est « Reconnaissance », produit par le visionnaire Baby Kwayo. Cet album reste à ce jour l’unique œuvre gospel congolaise à avoir reçu la distinction suprême du disque d’or. Une alchimie parfaite entre la production et sa voix transcendante.
Quel héritage laisse-t-il à la jeune génération ?
Y.K : Carlito pouvait légitimement être classé parmi les meilleurs chanteurs de sa génération. Non par le bruit médiatique, car il était d’un charisme discret, mais par la qualité intrinsèque de son travail. Il possédait cette rare capacité à émouvoir sans artifices.
Sa mort loin de sa terre natale, sans drame public, reflète l’homme : quelqu’un qui préférait laisser parler sa musique plutôt que sa personne. Son héritage, porté par « Maya » et couronné par « Reconnaissance », continuera de résonner bien après que les dernières notes se soient tues.
Propos recueillis par Jimmy Sita
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